Histoire

Les eaux thermales en Corse
(Antoine Torre)

Entre le VIIIème et le IXème siècle avant J.C. les romains chassèrent les carthaginois de leurs comptoirs de la Méditerranée, ils s’installèrent sur la Côte Orientale de la Corse et construisirent ALERIA ville de 10 000 à 20 000 habitants, (Selon M.A.AMBROS*).
Pour les récompenser, les notables envoyaient les vétérans de leurs glorieuses légions dans cette île merveilleuse (la plus belle) « Kalliste » des grecs. On peut facilement imaginer, qu’amateurs et connaisseurs de sources Thermales, les Romains, puissent apprécier celles de Pietrapola, dans leurs sites paradisiaques, si proches d’ALEXIA.
Ils y créèrent des thermes et profitèrent de leurs bienfaits...
La confirmation de cette hypothèse fut la découverte des vestiges de thermes magnifiques, de pièces de monnaie, et de canalisations anciennes, dans l’implantation des thermes actuels. Si l’on se rapporte à certains auteurs, ils n’auraient utilisé que les propriétés thermiques des eaux chaudes, ne recherchant pas une action curative interne, mais seulement le bien être de l’effet balnéaire.

Cette réflexion nous permet de comprendre pourquoi ils n’ont pu ne pas découvrir les propriétés de PUZZICHELLO, source froide, (contrairement à l’affirmation non étayée de J.B.LOETSCHER.)
Plus tard les romains furent chassés à leur tour par des invasions successives de Sarrasins et probablement alors la Station Thermale de PIETRAPOLA fût détruite.
Les premiers chrétiens eux-mêmes considéraient ces établissements de bains comme des lieux de débauche pour les hérétiques et y portaient volontiers le feu.(Cf. Biologie médicale N°7 1938)

Il faudra donc remonter au VIIIème siècle pour trouver trace d’une étude médicale des sources minérales de la Corse. Celle-ci a été faite sous le patronage de Monseigneur Carlo FABRIZIO GIUSTINIANO, Evêque de Mariana diligente investigator della cose della provincia.

Avant même la parution de l’ouvrage de ce prélat intitulé: « Description de la Corse », GIOVANNI DELLA GROSSA fidèlement recopié par ANTO'PIETRI FILIPINI mentionnait que deux savants médecins( sans citer leurs noms), avaient été chargés d’étudier:

« QUESTI BAGNI DI CORSICA »

Et reproduisaient ainsi le résultat de leurs travaux:
Prés d’ALEXIA et de Prunelli di Fiumorbo , à PIETRAPOLA , deux sources bien connues d’eaux très chaudes actives contres les douleurs rhumatismales.
Prés d’ ASCO deux sources dont une diurétique, l’autre agissant sur les maladies du foie (sources non utilisées aujourd’hui)

A MORANZANA piève de MARIANA, eau ferrugineuse.
A CAMPO CARDETTO source peu connue qu'il faut chauffer pour usage

Dans la Piève de VICO : 3 stations,
l'une à MUSI (eau tiède)
la seconde à Balogna (eau froide) Confusion probable dans l’esprit de l’auteur sur la température de ces deux sources: Balogna est une eau tiède.
La troisième à SORNU IN SU (GUAGNO eau chaude).

 Dans la Piève de TALLABO des bains mal connus (GUITERA)

Dans la piève d’Alata, eau chaude (CALDANE de TALLONE).
Dans le village de SAN'ANTONIO de cette même piève source froide.

Piève = Subdivision Territoriale Corse du temps de la Domination Génoise.

Nous pouvons donc dire que PIETRAPOLA, GUAGNO,...etc étaient déjà connues dès la fin du XVIe siècle.

Cette eau de CAMPOCARDETTO qu'il faut chauffer pour usage n'est-ce pas celle de PUZZICHELLO ?
Une observation que nous donne le chroniqueur nous incite à le penser. Quoiqu’il en soit, si des sources comme celle d’ ASCO, ou comme celle « froide » de la Piève de VICO tombent dans l'oubli, les autres profiteront de la publicité qu'on leur a faite au cours des siècles.
D'une manière plus précise que disent nos archives au sujet de GUAGNO , PUZZICHELLO , PIETRAPOLA.
Dans une histoire de l' Isle de Corse écrite par un inconnu (G.D.C) en 1749 sont mentionnées les sources de GUAGNO:.....

En 1820, THERIAUX, un pharmacien, fait la première analyse des eaux de GUAGNO. A peu près à cette époque, l ’hôpital militaire actuellement en ruines, dut y être construit.

Plus tard O'HENRY et POGGIALE (1852) puis Constantin James (1854) sur la Proposition du Conseil Général (voeu de 1853 adressé au Ministre de l’Agriculture) Marchal de Calvi en 1855, A PIETRI en 1898, Félix BATTESTI en 1905 font des analyses chimiques et des études médicales de cette source, ainsi que de celles de PIETRAPOLA et de PUZZICHELLO.

Citons avec une mention particulière l’ouvrage complet du Docteur ZUCCARELLI et de L GENTIL, pharmacien de Bastia, paru en 1909 ou nous trouvons des indications et contre-indications précises de ces eaux, ainsi que des analyses assez complètes des principales sources.
Nous avons largement utilisé ces renseignements pour notre travail.
Enfin, au mois d’avril 1938, Mr BARRET, Directeur du Laboratoire d’Hygiène départemental, conformément à l’arrêté du Ministère de la Santé Publique pris le 14 Octobre 1937, est passé à Guagno, Piétrapola, Orezza, Baraccci, et Caldanaccia pour y faire des analyses.

Les stations de PUZZICHELLO et PIETRAPOLA entre 1890 et 1900 n'avaient depuis cette époque cessé de péricliter, car pourvues d'installations anciennes et mal entretenues, elles répondaient très imparfaitement aux besoins de la clientèle.